Teaser Concours : Interview de Fabian Damanet, maître coutelier.

Fabian en pleine création.

A l’occasion du prochain concours de Chroniques Indépendantes, j’ai le plaisir de vous présenter le partenaire qui m’a fait le grand honneur de collaborer avec moi sur ce projet.

Au fil de cette interview, nous allons faire la connaissance de Fabian Damanet, un génie de la coutellerie qui sévit à Engis en Belgique. Ce jeune homme de 33 ans à l’air d’un rebelle avec ses tatouages et sa casquette simili-Christian Audigier, mais ce serait se méprendre. C’est un bourreau (glups…) du travail et une vraie référence dans son domaine.

Passionné de tatouages, pêche, musique, cuisine et de dégustation de whisky, profil d’un touche-à-tout prodige.

(Interview téléphonique retranscrite sans accent belge pour votre plus grand plaisir ;p)

CI: Salut Fabian ! mais tu as un accent dis donc !!! Et ta voix est si grave, trop marrant j’imaginais pas du tout ça :)))

FD: Quel accent ? Je ne vois pas de quoi tu parles ;)

CI: Allez, commençons si tu veux bien ! Chroniques Indépendantes se passionne pour tout ce qui est DIY (Do It Yourself) et fait main. La moindre de choses que l’on puisse dire, c’est que dans ton métier, on passe carrément au niveau au dessus, L’ARTISANAT ! Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir coutelier ?

FD: En fait ce n’est pas ma formation de base. Je suis issu d’une filière scientifique puis j’ai étudié les sciences agricoles. J’ai arrêté mes études pour devenir maréchal ferrant. Au départ, je n’ai pas été super soutenu par ma famille dans ce choix (toujours difficile de voir son enfant se lancer dans l’inconnu). J’ai néanmoins persisté mais je n’avais pas les moyens de me payer les outils nécessaires à ma formation. J’ai alors décidé de les fabriquer moi même.

CI: Un vrai petit génie alors ?

FD: Pas vraiment (rires) c’était catastrophique ! J’ai alors fait un deal avec l’un de mes profs : je l’aidais à bosser sous les chevaux après les cours en échange de quoi il m’apprenait à forger de bons outils. Comme je ne me débrouillais pas trop mal, j’ai commencé à vendre des outils que je fabriquais à certains de mes profs. Puis un jour mon oncle m’a demandé de lui fabriquer un couteau pour aller à la chasse, puis j’en ai fait d’autres. J’ai fait mes preuves et ma famille a été très fière de moi. C’est là que tout à commencé.

CI: En quoi consiste ton quotidien (hormis les pauses checking de Facebook ;) )

FD: Je travaille dans un centre de traitement thermique des métaux, je suis trempeur (c’est pas génial comme nom de métier hein ?). Et je me consacre à la coutellerie après ma journée, de 16h00 à 20h00 environ. Je fais également ça les weekends. Je me consacre à mes passions dès que j’ai du temps libre.

CI: Est-ce possible de vivre de ses passions à l’heure actuelle ?

FD: Difficilement. En gros je vis de ma passion car c’est ce que j’ai étudié, je ne suis pas autodidacte. Je travaille quotidiennement sur des pièces très ouvragées et ce travail est étroitement lié à mon savoir-faire en coutellerie.

Je monte actuellement mon propre petit business avec l’aide de l’une ou l’autre des ressources de mes amis (Dan je t’aime). Disons que je fais tout pour me donner les moyens de vivre de ce que j’aime faire. On peut dire qu’à ce point de vue là, je suis un privilégié: j’ai accès à des moyens que peu de personnes peuvent se permettre ne fut-ce que de rêver.

CI: Donc tu sais travailler le métal, mais aussi le bois…tu serais presque bon à marier ! Tu sais tout faire ?

FD:  Oui et je fais même la vaisselle ! (rires). Plus sérieusement, je travaille aussi le cuir puisque je l’utilise pour mes étuis, et donc je couds (une vraie petite femme au foyer) . Mes couteaux préférés sont principalement destinés à être utilisés en cuisine et ma cuisine est un véritable laboratoire de test. Même si j’ai déjà réalisé des couteaux pour des chasseurs tarés qui chassaient au couteau, à l’épieu et à l’arc (!!!), j’estime que de se balader avec un beau couteau simplement pour montrer « qu’on a la plus grosse » ne lui rend pas honneur, contrairement à l’utilisation en cuisine .

CI: Allez, fais un peu frémir nos petits coeurs fragiles : Ta pire blessure au boulot ?

FD: Il y a bien la fois où j’ai reçu une éclaboussure de Borax à 1100°C sur la jambe, elle a purement et simplement traversé mon tablier, j’en ai encore de grosses cicatrices. Mais la pire est sans doute la fois où un morceau d’acier s’est planté dans mon oeil. Je n’ai pas eu mal à l’oeil à proprement parler, si ce n’est que je sentais tirer sur mon oeil quand on essayait de m’enlever l’éclat à la pince à épiler, mais je me suis blessé en clignant de la paupière sur le métal, scène très gore (ndlr: il fallait bien un peu de putassier là dedans, hein ;) pardon maman <3).

CI: Comme on peut le voir sur ta page Facebook, tu as quasiment 200 photos de couteaux. Combien de couteaux as-tu fabriqué à ce jour ? À qui s’adressent tes créations ?

FD: À ce jour, j’ai fabriqué entre 400 et 500 couteaux. Mais je ne les ai pas tous vendus. Je fais beaucoup de troc avec d’autres passionnés, nous nous mettons d’accord sur la valeur d’un couteau que nous fabriquons l’un pour l’autre. Cela nous permet de nous procurer des couteaux très chers en un simple échange. Mes couteaux s’adressent aussi et surtout aux collectionneurs, chasseurs, cuisiniers amateurs ou professionnels.

CI: Quelle est la plus belle oeuvre que tu aies jamais réalisée ?

FD: Un grand couteau de chasse avec une lame en wootz (véritable acier de Damas que peu de personnes au monde parviennent à maîtriser techniquement, une trentaine tout au plus), avec une garde en argent et une poignée en racine de Desert Oak (chêne du désert) Australien, d’une valeur dépassant les 3000€. Il est passé entre les mains de plusieurs collectionneurs à travers le monde, notamment aux Etats-Unis et il est aujourd’hui à Paris chez un homme qui travaille pour un parfumeur célèbre.

CI: On peut noter une certaine influence japonaise dans ton travail

FD: En effet, toute ma façon de travailler est influencée par le Japon, de la philosophie aux aspects techniques. J’ai une grande passion et beaucoup de respect pour la philosophie de travail japonaise et j’ai comme devises de faire toujours plus et de faire toujours mieux (ndlr: « toujours plus loinnnn, toujours plus viiiiite, jusqu’au bout de l’extrême limiiiiiite » comme disait la chanson ;)).

Couteau Santoku ("trois délices")

Couteau Santoku (« trois délices ») d’influence japonaise.

CI: Ol’Mackie’s, le nom de ta page Facebook, c’est juste pour te la péter Americain ou ça a une signification ?

FD: Ça vient de Mack The Knife dans l’Opéra de Quat’Sous. C’est le surnom que m’ont donné mes amis, et il faut dire qu’ils ont visé juste :)

CI: Une dernière question pour conclure, souhaites-tu passer le flambeau à ton fils plus tard ?

FD: Sincèrement, je ne lui souhaite pas se vivre une vie d’artisan, car c’est assez difficile en Europe, mais il s’intéresse beaucoup à ce que je fais et il veut me copier. Je pense que tôt ou tard, il va finir par y toucher :)

Pour plus d’informations sur son travail, rendez-vous sur la page Facebook de Fabian Ol’Mackie’s Blades et sur son Tumblr.

Le concours débutera le 01/02/13 et se terminera le 28/02/13. Pour y participer, rendez vous le 1er Février à cette adresse, mais d’ici là je vous en reparlerai ;)

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For the upcoming Chroniques Independantes Giveaway, I am pleased to present the partner who has done me the great honor of working with me on this project.

Throughout this interview, we get to know Damanet Fabian, a genius knifemaker residing in Engis Belgium. This young man of 33 years has the look of a rebel with tattoos and faux Christian Audigier cap, but this image is misleading. Here is an executioner (Glups …) and a true leader in his field.

Passionate about tattoos, fishing, music, cooking and whiskey tasting, here is the profile of a jack-of-all trades.
(Interview transcribed by phone without Belgian accent for your pleasure :p)

CI: Hi Fabian! That’s one hell of an accent you’ve got there! And your voice is so deep, so funny, not at all like i imagined it :)))
FD: What accent? I don’t know what you’re talking about ;)

CI: OK. Let’s get started ! Chronique Indépendantes passion is for everything DIY (Do It Yourself) and handmade. But your work goes well beyond craft, you are an artisan! What made you want to become a knife maker?

FD: Actually, knife making isn’t what I went to school for. I have a scientific background and originally studied agricultural sciences. I interrupted my studies to become a blacksmith. Initially, I didn’t get the support of my family (always difficult to see your child leap into the unknown). I nevertheless persisted, but I didn’t have the means to pay for the tools necessary for my training. So I decided to make them myself.

CI: A true genius then?

FD: Not really (laughs) It was catastrophic! I then made a deal with one of my teachers: I helped work shoeing horses after school in exchange for him teaching me how to forge good tools. I wasn’t doing too bad, so I started selling tools to my teachers. Then one day my uncle asked me to make him a hunting knife, and then I made more. I proved myself and my family was very proud of me. This is where it all began.

CI: What is your daily routine (except breaks checking Facebook ;))

FD: I work in a steel heat treatment center, I’m a quencher (pretty cool job description, eh?). And I work on making knives after my work day, from 16:00 to 20:00 approximately. I also do it on weekends. I dedicate myself to my passions when I have free time.

CI: Is it possible to live from your passion at the moment?

FD: Hardly. Basically I live from my passion because of the studies I did previously, I’m not self-taught. I work daily on highly engineered parts and this work is closely related to my expertise in knife making.
I am starting a small business with the help and ressources of my friends (Dan I love you). This is giving me the means to live from what I love to do. One can say from this point of view, I am privileged because I have access means that few people could even dream about having.

CI: So you know how to work metal, wood … why, you’re almost good enough to marry! Is there nothing you can’t do?

FD: Yes, and I even do the dishes! (Laughs). More seriously, I also work the leather I use for my sheaths, so I sew (a real little housewife). My favorite knives are primarily intended to be used in the kitchen and my kitchen is a test laboratory . Even though I’ve already made knives for hunters who hunt with knife, spear and bow (!), I think that owning a beautiful knife just to show « mines bigger than yours  » is a shame, and doesn’t do the knife justice, unlike it’s use in the kitchen.

CI: Come on, make our little hearts flutter: what’s your worst injury at work?

FD: There’s the time where I received a splash of Borax to 1100 ° C on the leg, it went through my apron, I still have big scars. But the worst is probably the time when a piece of steel was planted in my eye. I did not hurt the eye itself, aside from feeling it imbed in my eye, but when the eyelid came down on it… I’ll spare you the gorey detail (note: there had to be a little gore in this story, right?  sorry mom <3).

CI: As we can see on your Facebook page, you have almost 200 photos of knives. How many knives have you made so far? Who are your creations made fo?

FD: To this day, I made between 400 and 500 knives. But not all have been sold. I do a lot of bartering with other knife makers. We agree on the value of a knife, and we make one for one another. This enables us to own very expensive knives through trades. My knives are mainly bought by collectors, hunters, cooks or professionals.

CI: What is the best work you’ve ever done?
FD: A large hunting knife with a blade made of wootz (true Damascus steel that few people in the world can master technically, thirty at most) with a silver guard and a handle carved from Australian Desert Oak, worth over 3000 €. It has passed through the hands of several collectors around the world, including the United States and is now in Paris with a man who works for a famous perfumer.

CI: We notice some Japanese influence in your work

FD: In fact, my whole way of working is influenced by Japan, it’s philosophy and technical aspects. I have a great passion and great respect for the working philosophy of the Japanese. My moto is to strive to do more and better, always.

CI: Ol’Mackie is the name of your Facebook page. Is there a significance behind this name, or are you just trying to sound American?

FD: It’s from Mack The Knife in The Threepenny Opera. It’s a nickname my friends gave me, and I must say they were right on target

CI: One last question to conclude, do you want to pass the torch to your son later?

FD: Honestly, I wouldn’t wish the artisan life on him, because it is difficult in Europe, but he is very interested in what I do and he wants to copy everything I do. I think sooner or later he will want to try his hand.

For more information on Fabian’s work, visit his Facebook page Ol’Mackie Blades and his Tumblr.

The contest starts on 01/02/13 and ends 28/02/13. To participate, be back here at that date. But I’ll be posting reminders before then :)

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14 réflexions sur “Teaser Concours : Interview de Fabian Damanet, maître coutelier.

  1. Pingback: Concours ! Toi aussi, participe et essaie de gagner un somptueux coutal fait par Fabian Damanet ! | Chroniques Indépendantes

  2. Pour la peine j’ai lu l’interview une deuxième fois

    -concours couteau- toussa

  3. rectificatif
    Pour voir mon homme faire la cuisine, nu, sous son tablier :p

    – concours couteau –

  4. J’avais fait connaissance de la page facebook par Desie, j’en decouvre un peu plus sur l’Artiste. merci

    -concours couteau-

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